mercredi 8 juillet 2009

Quand le paysage garde des traces...

Je reprends un projet personnel que j'avais laissé quelques temps de côté. Il s'agit d'un projet qui s'articule autour du paysage et de la mémoire : il rend compte du temps qui passe et efface les marques laissées par des événements sur le paysage. Ici, le lieu est marqué par la guerre, et les bombardements qui ont eu lieu à cet endroit ont creusé des reliefs qui bouleversent le paysage.Une jeune femme, endeuillée par cette guerre, retourne sur les lieux ; et les saisons vont imprimer leur passage à la fois sur le lieu et sur ses sentiments. Ses souvenirs et son chagrin s'estomperont peu à peu, tout comme les lignes du paysage qui, avec le temps, s'adouciront jusqu'à perdre toute trace des combats.
J'ai retravaillé les images et le texte : le texte a été écrit il y a déjà presque trois ans et avait besoin d'un petit dépoussiérage, et les images précédentes me posaient problème parce qu'elles utilisaient trop d'infographie et perdaient du naturel.Ce qu'il y a aussi, c'est que le récit est construit autour de la représentation d'un relief continu : si l'on place les images les unes à la suite des autres, le relief ne s'interrompt pas, et cela permettra au lecteur de voir au fur et à mesure du livre que le relief s'affaisse et s'aplanit peu à peu. Ce projet est donc pensé dans un format "livre-accordéon".Extraits :
HIVER
Un terrain vague, à l’abandon.
Elle erre à sa recherche.
Il est ici, au milieu de ces dunes ensevelies, là peut-être, ou là…
Ses pas laissent une empreinte dans la terre blanchie de neige et découvrent des morceaux de terre, éclatés, endeuillés… Taches souillant la plaine immaculée.
Ici…
Elle se laisse glisser dans le lit de la terre, et ses draps l’enveloppent d’un frais linceul ; sans doute est-ce ainsi que la terre l’a recouvert lorsqu’il s’est endormi.
La neige se met à fondre, réchauffée par la tiédeur de son corps et des larmes qui gouttent à sa surface.
Elle s’endort.
PRINTEMPS
Elle a semé des graines pour que les fleurs envahissent son tombeau.
Le vent soufflant, elles se sont répandues dans la plaine : des pétales délicats s’étalent à présent dans toutes les boursouflures de la terre.
Elle ferme les yeux : leur couleur et leur éclat sont trop vifs et rouvrent ses plaies.
Les fleurs pleurent sous la pluie ; l’eau monte, les submerge et les noie. Qu’elles soient roses, jaunes ou blanches, elles se mêlent et tourbillonnent, emportées par le courant.
Sur elle, la pluie s’écoule. Elle s’épanche, lui emporte des mots sourds, mais chargés de sens : ils glissent à terre et forment les nombreuses lettres qu’elle n’a jamais pu envoyer. Elle les confie à la pluie et les laisse se perdre. Mots désormais inutiles…

2 commentaires:

  1. Sandrine, c'est beau, triste, superbe, touchant et talentueux! Et le livre format accordéon c'est très bien pensé pour la thématique que tu développes ; je trouve ta réflexion très pertinente, porteuse de plein d'autres questionnements.
    Je te souhaite de trouver un éditeur car beaucoup de choses se cachent dans ces lignes et ces illustrations aux mille motifs!

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